Opéra TFM

Tarif A



En 2005
Dimanches 9 & 16 octobre 17h3
0





Marie Gautrot



Sébastien Guèze



Armand Noguera


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DJAMILEH


A la découverte du grand Bizet à travers deux oeuvres
 




Opéra comique en un acte de Georges BIZET
Poème de Louis GALLET
Direction musicale Miquel ORTEGA
Direction artistique & mise en scène Pierre JOURDAN
Lumières Thierry ALEXANDRE
Scénographie & costumes Jean-Pierre CAPEYRON
Chorégraphie Jean-Hugues TANTO
Orchestre Français Albéric Magnard
Chœur Fiat Cantus – Direction Samuel JEAN
Chef de chant Frédéric ROUILLON



Avec
Marie GAUTROT Djamileh
Sébastien GUÈZE Haroun
Armando NOGUERA Splendiano
Jean-Loup PAGESY, Pierrick BOISSEAU, Lionel MUZIN
& Stéphane MALBEC-GARCIA sont les amis d’Haroun
Catherine HANDIS-AUMON
la danseuse



Après Noé en 1869, L’Arlésienne en 1872, Djamileh est la dernière œuvre lyrique avant la célébrissime Carmen en 1875. Il s’agit là d’un authentique chef d’œuvre. Toute la puissance dramatique et musicale qui explosera dans Carmen est déjà là. Un ultime cri du génie de Bizet dont le principal défaut fut d’être en avance de plus d’un demi siècle sur son temps et qui ne survivra pas à l’échec de Carmen.
Pierre JOURDAN

L’année 1872 voit la création de deux des plus belles partitions de Bizet, l’opéra-comique en un acte, Djamileh, et la musique de scène pour la pièce d’Alphonse Daudet, L’Arlésienne, – deux œuvres qui pourtant n’aboutissent qu’à un triste échec. Dans le cas de L’Arlésienne, Bizet a au moins le plaisir de voir la suite pour orchestre qu’il en tire peu après la création scénique ravir les auditeurs des concerts. Il faut attendre les années 1880, pour que la pièce de Daudet soit remontée à l’Odéon, qu’elle trouve enfin grâce aux yeux des critiques et attire le public. La musique que Bizet a composée pour accompagner le drame provençal est reprise, mais réorchestrée et quelque peu « tripatouillée » comme l’on dit alors. L’admirable partition, au raffinement de musique de chambre, conçue pour un ensemble de 27 instrumentistes et un chœur en coulisse, est devenue une énorme pièce pour grand orchestre. La production de Compiègne permet de retrouver la musique originale de Bizet. Cette musique amplifie le drame, projette l’auditeur-spectateur dans un monde exotique provençal coloré et lui fait pénétrer, par un jeu de motifs récurrents admirablement intégrés au texte, la profondeur des personnages. L’aptitude de Bizet à créer une atmosphère en quelques notes est si impressionnante que Jules Massenet, en 1872, lui écrit ces mots : « Si ta musique m’a impressionné et charmé la première fois, mon plaisir a été bien autre depuis que j’ai connu ta partition et que j’ai entendu de nouveau toutes ces belles et poétiques choses... Il y a des mélodrames de 4 mesures qui sont des tableaux, des paysages inouïs. » Pour le futur auteur de Manon, « il n’y a pas un artiste qui ne place cet ouvrage au premier rang des créations nouvelles ».
Quand Djamileh est créée le 22 mai 1872, l’institution de l’Opéra-Comique est encore très marquée par le poids des usages et les traditions liées au répertoire classique du genre. Dans ce contexte, l’œuvre de Bizet est considérée comme une bizarrerie. Tout d’abord, l’absence d’action « extérieure » déroute les spectateurs habitués aux intrigues compliquées et pleines de rebondissements d’Eugène Scribe. Cette fois-ci, il s’agit de pénétrer dans un drame poétique, où l’action intérieure est dominante : la force du sentiment amoureux d’une esclave parvient à faire sortir de la prison des satisfactions immédiates le prince Haroun. Baignée dans une atmosphère orientalisante, le drame déploie des accents tour à tour légers, rêveurs, passionnés, mais aussi de mélancolie et de détresse. En 1872, la richesse du langage musical, déstabilise les critiques. Imaginez, demande le chroniqueur du Figaro, « l’auditeur marchant sur des dissonances étagées en nuages superposés, et perdant l’équilibre à la suite du musicien, en posant le pied à vide ». Le journaliste du Siècle est plus outré encore : « Ce sont des miaulements chromatiques d’un chat amoureux ou effrayé, entendus sur un accord formant double pédale ou accompagné par autant d’accords de septième diminuée qu’il y a de notes dans ces miaulements. » Pour apprécier pleinement cette œuvre rare, il faut abandonner le goût de l’intrigue ordinaire et accepter de suivre les mouvements nuancés des cœurs, des désirs et des psychologies. La réussite de Bizet est de traduire par les sons toutes ces composantes abstraites et de leur donner vie dans un tissu orchestral scintillant, chargé de faire revivre les terres exotiques qui peuplent l’imaginaire du XIXe siècle.
Hervé LACOMBE








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